
La nuit est chaude et Lyon ne dort pas. Ă chaque coin de rue il y a un groupe, un ampli ou un homme seul avec un accordĂ©on. Les fenĂȘtres restent ouvertes jusqu'au matin et personne ne ferme rien.
Pauline vient chercher Manon Ă neuf heures. âOn ne prend pas le tram ce soirâ, dit-elle. âOn marche, sinon on rate tout.â âJusqu'oĂč ?â, demande Manon. âJusqu'Ă ce qu'on soit fatiguĂ©es.â
Devant la mairie, un groupe de lycĂ©ens joue trop fort et trĂšs mal. Deux fenĂȘtres ouvertes reprennent la musique. Deux dames dansent quand mĂȘme, avec leurs sacs sur l'Ă©paule.
âIls sont mauvaisâ, dit Manon. âComplĂštementâ, rĂ©pond Pauline. âMais regarde les dames.â
Vers deux heures, la musique baisse d'un étage à l'autre, et personne ne rate la fin. Des gens rentrent en chantant, pas trÚs juste, dans les escaliers de la colline.
âJe dois rĂ©pondre Ă Baptiste lundiâ, dit Manon au milieu des marches. Pauline compte Ă voix haute jusqu'Ă trente, pour l'embĂȘter, et s'arrĂȘte. âRĂ©ponds ce que tu veuxâ, dit-elle. âMoi je suis lĂ mardi.â