
Depuis mardi, la gorge de Manon fait mal et sa voix sort comme une radio cassée. Elle cherche un médecin sur son téléphone et ne trouve rien avant lundi. Dehors, la croix verte de la pharmacie brille sous la pluie.
Derrière le comptoir, une femme en blouse blanche écoute sans se presser. “Depuis quand ?”, demande-t-elle. “Depuis mardi”, répond Manon. “Et j'ai de la fièvre le soir.”
“Vous fumez ?”, demande-t-elle. “Non, jamais.” “Vous parlez beaucoup au travail ?” “Toute la journée.”
La pharmacienne écoute et note quelque chose. Elle donne un sirop et des pastilles, sans rendez-vous. “Si ça continue vendredi, vous voyez un médecin”, dit-elle. “Et vous parlez moins, si c'est possible”, ajoute-t-elle.
“Neuf euros”, dit la pharmacienne. “Et du repos.” Manon paie et garde le ticket dans sa poche, avec la clé. Personne ne lui a demandé de rendez-vous.
Dans la rue, elle goûte une pastille: c'est sucré, puis très fort, et sa gorge reste chaude. Le tram passe et elle le laisse partir. Elle doit appeler sa mère ce soir, et maintenant elle a une bonne excuse.