
Il y a un cours du soir deux rues plus haut, et Manon s'inscrit. La salle sent le radiateur chaud et le papier. Ils sont douze autour d'une grande table.
La professeure s'appelle LĂ©a et parle lentement, mais jamais comme Ă des enfants. âTout le monde ici comprend la moitiĂ©â, dit-elle. âPersonne n'est gĂȘnĂ©e.â
à cÎté de Manon, un homme note chaque mot dans un carnet, lentement. Il s'appelle Nicolas, il vient de Brest et travaille dans une cuisine.
âJe rentre en juinâ, dit Nicolas pendant la pause. âMa sĆur ouvre un restaurant lĂ -bas.â âEt le cours ?â, demande Manon. âJe finis, et aprĂšs je pars.â
LĂ©a Ă©crit une phrase difficile au tableau et Manon la note. âQui essaie ?â, demande-t-elle. Manon lĂšve la main, se trompe et corrige toute seule.
Dehors il fait froid. âToi aussi tu rentres un jour ?â, demande Nicolas. âJe ne sais pas encoreâ, rĂ©pond Manon. Elle monte les marches de la colline avec le carnet dans le sac et la clĂ© dans la main.